François FillonMonsieur Fillon,

Faire envoyer le lendemain du second tour des primaires une lettre aux adhérents des Républicains pour réclamer une obole assortie d’un témoignage de soutien à votre bénéfice, c’est proprement indécent. Mais enfin qui peut ignorer que parmi les destinataires de cette missive déplacée nous sommes des dizaines de milliers à avoir non voté pour vous , François Fillon, mais seulement glissé dans une enveloppe un bout de papier portant votre nom ,avec la rage au coeur et la nausée aux lèvres, uniquement pour éliminer Alain Juppé dont nous ne voulions à aucun prix ?

Ce n’était pas un vote d’adhésion mais un vote d’élimination. Exactement la réplique de celui des socialistes et des membres du FN venus en grand nombre deux Dimanches d’affilée éliminer d’abord Nicolas Sarkozy et nous rejoindre pour certains dans un deuxième temps pour éliminer Alain Juppé , vous faisant le principal bénéficiaire de leur immoralité. Avec une différence majeure cependant car nous , en tant qu’adhérents, nous avions le droit moral de le faire.

Autrement dit , Monsieur Fillon, votre élection avec un score final spectaculaire vous a embarqué dans une montgolfière gonflée à bloc en dernière minute du souffle des médias et des instituts de sondage autant que d’une forme de haine aveugle et d’un calcul machiavélique de Français endoctrinés et formatés par ces mêmes médias.
Mais le principe de réalité devrait vous ramener bientôt sur terre car les montgolfières finissent toujours par redescendre ,brutalement ou en douceur mais par redescendre et vous allez bientôt vous retrouver dans les marécages ou « grenouillent » jalousies, ambitions et trahisons en tous genres qui vous sont si familières.

Vous voilà sacré roi mais un roi sans couronne et sans trône malgré les flatteries dont vous êtes abreuvé de toutes parts, environné de courtisans, les anciens comme les nouveaux, tous la langue tirée pour vous lécher les pieds pour obtenir quelque crouton.
Et vous le roi de cette cour des miracles d’un nouveau genre vous avez besoin de quémander une aumône ?

Allons , Monsieur Fillon, un peu de dignité !
Il est de coutume, certes, de demander aux militants d’un parti de mettre la main à la poche et de soutenir financièrement leur parti et leur candidat…
Mais là nous ne sommes plus dans les us et coutumes du fonctionnement normal d’un parti en état de marche.
Vous n’avez pu oublier que le parti « Les Républicains » a été fondé par Nicolas Sarkozy sur les cendres de l’UMP dont Jean-François Copé et vous-même aviez été les incendiaires…et vous ne pouvez davantage faire abstraction de l’incurie du triumvirat dont vous faisiez partie.
L’histoire ne retiendra de votre trio infernal que l’odieux chantage grâce auquel vous avez imposé ces primaires ouvertes qui sont un déni du fonctionnement démocratique d’un parti mais qui seules pouvaient vous permettre d’éliminer Nicolas Sarkozy au bénéfice de Juppé et vous-même par l’introduction de meutes de loups dans la bergerie des moutons-militants-mais-impuissants qui ,eux, voulaient élire Nicolas Sarkozy et n’étaient restés adhérents ou n’avaient rejoint le parti que dans ce but.

Votre piège a fonctionné. Les loups ont fait la queue en masse pour entrer dans les bureaux de vote en nous provoquant et en se gaussant de « notre »naïveté et vous avez depuis été le premier, suivi de quelques autres, à louer le carnage en le qualifiant sans vergogne de « leçon de démocratie ».

Mais où est la démocratie dans un parti qui méprise et ignore les droits de ses adhérents ?

Où est la droiture de ceux qui imposent par le chantage des règles qui ignorent jusqu’à la légitimité du vote de ces adhérents, souvent très militants, mais les utilisent sans vergogne, taillables et corvéables en toutes circonstances à leur service ?

Où est l’honnêteté de ceux qui ont conduit leur parti à être le plus bête du monde et à ce jour le seul qui ait été capable de donner à ses adversaires le pouvoir de désigner celui qui le représentera pour l’élection du Président de la République?

Où est votre honnêteté, Monsieur Fillon, quand vous saviez fort bien qu’avec des primaires fermées , seules respectueuses des droits des adhérents, vous aviez de très faibles chances de passer devant Nicolas Sarkozy?

A quoi cela sert-il d’adhérer à un parti et de militer avec la passion qui fut la nôtre si c’est pour être ainsi piétinés et ignorés avec mépris…sauf pour tenir les bureaux de vote en subissant le défilé de ceux qui sont venus nous narguer et se gausser de « nôtre » naïveté? C’était en fait comme si nous portions nous-mêmes le poignard avec lequel vous-même et vos deux compères les maîtres-chanteurs vous aviez décidé de nous frapper dans le dos...

Vous vous flattez , Monsieur Fillon, d’avoir pour précepte « L’honnêteté est une vertu cardinale de l’engagement en politique » mais rien dans cette histoire ne vient prouver qu’il y a dans ces vertueuses paroles autre chose qu’un déguisement hypocrite car, tout compte fait, ce n’est pas l’oubli qu’en ont eu les médias qui aura effacé vos turpitudes.
Vous devrez compter à l’avenir sur la mémoire retrouvée de ceux qui sont déjà redevenus vos adversaires et même sur celle des médias dès lors qu’il s’agira de soutenir en face de vous un candidat de gauche.
Les journalistes et commentateurs ont déjà découvert entre les deux tours qu’ils n’avaient pas lu votre programme tout en l’ayant présenté pendant des mois comme le plus solide, le plus travaillé et somme toute un programme mesuré, efficace et sérieux puisqu’il s’agissait de « casser » Nicolas Sarkozy. Gageons qu’aux critiques qui pointent s’ajouteront plus tard les souvenirs.

En tout cas, nous les militants, nous n’avons pas encore tous perdu la mémoire.
Vous vous défendiez d’être intervenu auprès de Monsieur Jouyet pour provoquer une mise en accusation de Nicolas Sarkozy afin de lui barrer la route .Vous n’avez pas obtenu satisfaction auprès de la justice que vous aviez saisie pour tenter de vous dédouaner. C’est déjà gênant …mais le chapitre « Les tartuffes » du livre « Un président ne devrait pas dire ça » est accablant pour vous.

Chaque fois qu’on vous parlait de votre rôle dans cette affaire vous répondiez « ils mentent » « c’est un mensonge » .
Nous, les électeurs , nous ne sommes pas juges mais à l’évidence il y a d’un côté ce que vous dites et de l’autre quatre personnes qui affirment le contraire.

La vérité est d’un seul côté.
Si c’est vous qui mentez cela fait de vous un triste sire, le «Iago »de la politique dont la maxime « L’honnêteté est une vertu cardinale de la politique » ne serait qu’un fard de clown raté.
Si ce sont les quatre autres, ce que nous n'aurions demandé qu’à croire, vous aviez , après avoir perdu au tribunal , encore un moyen et un seul non de le prouver mais de prouver que vous auriez été incapable d’une telle bassesse vis à vis de celui qui vous avait donné et conservé sa confiance pendant cinq ans : en ne fomentant pas avec vos deux acolytes du triumvirat un véritable complot-déni de démocratie et de loyauté et en acceptant face à Nicolas Sarkozy le verdict des seuls adhérents , et ce quoi qu’il eût pu vous en coûter de devoir probablement renoncer à votre propre rêve .

L’honneur a un prix, Monsieur Fillon, et les faits l’avaient fixé pour vous à cette hauteur-là .
Manifestement c’était trop cher pour vous, alors vous pouvez vous baisser pour ramasser ces euros que symboliquement nous avons déjà jeté à vos pieds avec un certain mépris mais , de grâce, épargnez-nous maintenant la quête !

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Rédigé par Marianne Debout

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